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COLLOQUES
Des
colloques sur Hugo ont lieu et auront lieu un peu partout en France et
dans le monde en cette année 2002. Ne pouvant rendre compte de la totalité de
ces manifestations, nous avons renoncé à vous en dresser la liste. Peut-être
donnerons-nous, dans un prochain numéro, les programmes détaillés de ceux qui
nous auront été transmis par e.mail ou sur disquette. Nous faisons une
exception pour le Colloque d’Amiens, « Hugo et le romanesque », car
Daniel Compère, qui y a assisté, nous a envoyé
un petit reportage sur ces journées.
AMIENS
21 et 22 février 2002
par notre envoyé spécial Daniel Compère
Organisé
par le centre d'Études du roman et du romanesque de l'Université de Picardie,
ce colloque a réuni des chercheurs spécialistes et non-spécialistes de Hugo,
qui ont examiné son œuvre du point de vue de cette notion de romanesque qui ne
se réduit donc pas au roman, mais désigne les péripéties extraordinaires
(amours, aventures), le non-vraisemblable, ce qui fait rêver. Quatre séquences
en quatre séances ont ainsi interrogé l'œuvre de Hugo pour voir comment le
romanesque s'y manifeste :
I.
Approches de la notion de romanesque :
Dans
"Le travail de l'anti-romanesque", Anne Ubersfeld définit le
romanesque comme un jeu de rencontres du hasard, apportant au lecteur la
satisfaction de voir les événements se dérouler conformément à son attente.
Elle en conclut que les œuvres de Hugo sont anti-romanesques : elles frustrent
souvent le lecteur/spectateur d'une fin heureuse et soulignent plutôt l'ironie
de l'anankè. Judith Wulf souligne
que, chez Hugo, le mot romanesque
n'est guère employé, alors qu'il parle de dramatique.
Mais cette notion n'est-elle pas désignée par d'autres termes, comme charme ou rêverie ? ("Le Romanesque comme mode mineur. Un interprétant
non générique"). Delphine Gleizes analyse "le Rôle de l'image dans la
construction du romanesque" : lors de sa visite sur le site de Waterloo en
1861, Hugo a pris des notes textuelles et des croquis en vue des Misérables. L'enseigne du cabaret de
Thénardier, qui vient de l'un de ces dessins, joue un rôle romanesque, servant
en particulier de double reconnaissance pour Marius (il reconnaît la scène du
sauvetage de son père et éprouve de la reconnaissance pour le sauveteur). Sous
le titre resnaisien de "La Vie est un roman", Florence Naugrette évoque
le travail du romanesque dans le Victor
Hugo raconté par un témoin de sa vie : ce texte curieux au statut générique
incertain fait appel à des techniques romanesques telles que l'héroïsation des
personnages, un jeu des voix narratives, usage de schèmes du roman d'aventures
ou du roman d'apprentissage, etc.
II. Le romanesque hors des romans (1)
Bernard
Degout étudie dans "Le "roman du sacre" comment les pages
"À Reims", détachées du William
Shakespeare, se font plus roman qu'autobiographie ou histoire. Piroshka
Madacsy évoque "la Réception du roman hugolien en Hongrie dans les années
1830", soulignant en particulier la rapidité avec laquelle Notre-Dame de Paris est traduit en
hongrois et adapté au théâtre, alors que la poésie de Hugo est moins connue.
Agnès Spiquel relit Les Burgraves
comme moyen pour Hugo d'aborder des thèmes politiques et personnels, mais aussi
comme retour d'une écriture romanesque, en particulier dans le traitement des
personnages ("Drame, épopée et romanesque : Les Burgraves"). Dans "Le Rhin, un voyage à
l'épreuve du romanesque", Philippe Antoine étudie comment ce récit
de voyage glisse fréquemment vers la fiction, laissant place à des légendes ou
transformant l'écrivain en personnage. Henri Rossi s'intéresse à un aspect de
ce même texte de Hugo, en soulignant le "Romanesque et les aspects
autobiographiques à travers La Légende du
beau Pécopin" et la manière dont ce conte merveilleux présente un
miroir de la pensée politique et historique de Hugo.
III. Le romanesque dans les romans
Dans
"les Lieux de parole : révolution et transformation dans Quatrevingt-Treize, Sylvie Jeanneret
montre comment la vision de la révolution s'y inspire de divers genres dont le
roman d'apprentissage et l'importance qu'y prennent les actes de parole.
Isabelle Casta étudie ce même roman d'un point de vue différent, en montrant
particulièrement son sous-texte infernal ("Acheronta movebo, Quatrevingt-Treize
: roman révolutionnaire ou révolution romancée?"). Sous le titre
"Poésie, prose, roman et romanesque chez Hugo en 1860", Pierre
Laforgue examine l'année 1860, année clef où Hugo travaille sur plusieurs
chantiers qui, a priori, peuvent
paraître sans lien : Chansons des rues et
des bois, La Fin de Satan, la
reprise des Misérables. Le lien n'en
serait-il pas le romanesque ?
IV.
Le romanesque hors des romans (2)
Sous le titre "Univers poétique et structures romanesques dans Les Orientales", Olivier Decroix montre que Hugo rêve très tôt de fusionner les genres et que le romanesque est le moyen de passer d'un genre à un autre, même dans un recueil poétique comme celui-ci. Philippe Le Touzé examine "le Gibet de La Fin de Satan" en montrant qu'il s'agit d'une réécriture romanesque de l'Évangile. Patrick Berthier fait apparaître les manifestations du "Romanesque, roman noir et mélodrame dans Mille francs de récompense". Véronique Dufief évoque "le Romanesque en liberté dans une pièce poétique, La Forêt mouillée", soulignant comment les éléments du décor deviennent de véritables personnages.
De gauche à droite : François-Victor Hugo,
Auguste Vacquerie,
Victor Hugo, par Bertall.
(Colloque à trois…)
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