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Monsieur Daniel Ancelet nous apprend qu’il
est de la famille d’Adèle Foucher, femme de Victor Hugo. Il nous a gentiment
envoyé un témoignage de son grand-père sur les funérailles du poète.
[…]
Je vous félicite d’avoir créé cette
Association, à laquelle j’adhère de grand cœur, sur la recommandation de ma
cousine Marie Hugo […]. J’ai pensé que vous seriez intéressés par la
(modeste) contribution que je vous adresse sous ce pli et qui, ne pouvant ni
être originale ni inédite, n’a cherché qu’à relever l’aspect toujours
surprenant de mon illustre arrière-arrière grand oncle. Je demeure bien entendu
à votre entière disposition si vous désirez d’autres renseignements sur la
famille Foucher dont je descends directement et dont j’ai conservé quelques
portraits et archives.
[…]
Daniel Ancelet, 15 janvier 2002
Texte accompagnant la lettre :
[…]
Je voudrais […] livrer le témoignage de mon
grand-père Gabriel Ancelet qui, âgé de 18 ans, assista aux grandioses
funérailles offertes à Victor Hugo. Celui-ci avait épousé la sœur de son
grand-père Paul Foucher : il aurait donc pu être aux premières loges, mais
il semblait plus préoccupé par le baccalauréat qu’il devait affronter quelques
semaines après la cérémonie. Voici ce qu’il en rapporte, dans ses mémoires
rédigés dans les années quarante :
« Le 19 mai , mon grand-oncle
tombait très malade. Ma mère[1]
allait s’inscrire à son domicile. Le 22 mai, le grand poète mourait. Le
parlement, sur la proposition du gouvernement, ayant décidé des obsèques
nationales, un grand déploiement de pompe eut lieu tout en respectant la
volonté du grand homme qui avait demandé que son corps fût conduit à sa
dernière demeure dans le corbillard des pauvres. Jusqu’au bout le côté
spectaculaire et l’antithèse chère au poète devaient ainsi avoir leur
consécration. Comme membres de la famille, nous aurions pu suivre le corbillard
de l’Etoile au Panthéon perdus dans un groupe où nous n’aurions rien vu et
parcourir ce long et pénible trajet dont mes parents redoutaient la fatigue. Il
leur parut avec raison plus intéressant et moins éprouvant de choisir un des
points du parcours pour y voir plus facilement et plus complètement le
spectacle. Mon père, par son ami Garnier, auteur de toute la décoration de
l’Arc de triomphe et de l’immense catafalque placé au centre, eut un facile
accès à cet endroit où le corps du poète avait été apporté dès la veille au
soir, où une veillée d’armes avait eu lieu pendant la nuit et où le lendemain,
le jour des obsèques, devaient se prononcer les principaux discours, se faire
entendre les airs funèbres les plus sélectionnés et se dérouler l’imposante
mise en scène décidée. Mon père avait en outre obtenu de son ami Ginain,
architecte de l’école de médecine, que nous ayons accès à l’une des grandes
baies de la bibliothèque donnant sur le boulevard Saint-Germain et d’où, le
boulevard n’étant pas encore planté d’arbres à cet endroit, nous pûmes voir
tout à notre aise, sans compression de la foule et de près, cet imposant et
interminable défilé dont j’ai gardé un très vivant souvenir, plus intéressé
qu’impressionné par cette succession de tous les Corps constitués dans leur
tenue d’apparat, de troupes en grande tenue et d’innombrables chars porteurs de
gerbes et de couronnes, le tout encadrant le petit corbillard sans une fleur et
que suivait seul, à quelques pas, le petit-fils du poète, Georges Hugo. Le
cercueil fut déposé au Panthéon et ne fut jamais enfermé dans la modeste tombe
de famille où reposaient ses parents, son frère Eugène et ses fils Léopold,
Charles et François-Victor. »
[1] Née Isabelle Foucher (1838-1893). NDLR : d’après
un arbre généalogique fourni par Monsieur Ancelet, Isabelle Foucher, fille de
Paul Foucher, était donc la nièce de Mme Hugo.
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De son côté, Monsieur Gregory Gregoriou nous
a adressé un texte sur les prises de
position de Hugo en faveur du peuple grec. En voici quelques
extraits :
Victor Hugo, un grand philhellène
français.
Au
temps de la guerre d’indépendance grecque de 1821, le philhellénisme était un
phénomène familier parmi les intellectuels français, nourris comme ils étaient
de culture classique. Mais la passion
de Victor Hugo pour la Grèce était particulièrement intense et a duré toute sa
vie. La raison en était que la Grèce
incarnait pour lui les valeurs humanistes, telles que la clarté et l’ouverture
d’esprit, le « cœur qui pense », la douceur, la beauté, la
magnanimité, la vertu, la justice, l’amour, la liberté, et la lutte constante
et sans compromis contre toute forme de tyrannie.
Dès 1831, dans le poème XL des Feuilles
d’Automme, écrit en 1831, il
associe la Grèce dans sa compassion pour tous les peuples opprimés :
« Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs
livrée,
La Grèce, notre mère,
agonise éventrée ;
[…]
J’oublie l’amour, la
famille, l’enfance,
Et les molles chansons, et
le loisir serein,
Et j’ajoute à ma lyre une
corde d’airain! »
Les
noms de lieux, les événements, les personnages historiques grecs et les figures
de la mythologie grecque abondent dans son œuvre dès le début. Les protagonistes des Orientales, qui ont inspiré le jeune
poète et avec qui il s’est identifié pleinement, sont des héros de la
révolution grecque, y compris
« L’Enfant » dont l’âme se dresse indomptable au-dessus de la
dévastation totale de son île natale de Chio.
Son
amour pour la Grèce contemporaine a été allumé par la lutte héroïque des
combattants de la guerre d’indépendance et le recueil des Orientales,
publié en 1829, se fera l’écho dans
bien des poèmes de cette lutte.
« Enthousiasme » est carrément un appel aux Français à aller se battre auprès des
Grecs qui veulent reconquérir leur liberté:
« En Grèce! en Grèce! Adieu vous tous! Il faut partir!
Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle!
En Grèce, ô
mes amis! Vengeance! Liberté!
Ce turban sur
mon front! Ce sabre à mon côté!
Allons! Ce cheval, qu’on le selle! »
Ses
héros grecs préférés sont Canaris (dont le nom figure dans le titre même de
trois de ses poèmes), Marcos Botsaris et Kitsos Tzavellas. Il les évoque
souvent dans ses œuvres, surtout dans ses moments de détresse
personnelle, lorsqu’il a besoin de soutien moral dans ses propres luttes,
idéologiques et politiques :
« Nous avons un instant crié: - "La Grèce ! Athènes !
Sparte
! Leonidas ! Botzaris ! Démosthènes !
Canaris, demi-dieu de gloire rayonnant!… "
Puis, l’entr’acte est venu,
c’est bien, et maintenant
Dans notre esprit, si plein
de ton apothéose,
Nous avons tout rayé pour écrire autre chose !
Adieu les héros grecs!
Leurs lauriers sont fanés.
Vers d’autres orients
nos regards sont tournés. »
« A Canaris », Les Chants du Crépuscule, chant VIII.
Et Hugo imaginera plus tard les “ rudes palikares” retournant
en vengeurs pour troubler les fêtes de ceux qui opprimaient à l’époque les
peuples d’Europe:
« Tout à coup
Botzaris entrera dans la salle,
Byron se dressera le poète
héros,
Tzavellas, indigné du succès des bourreaux
Soufflettera le groupe effaré
des victoires. »
(La Légende des Siècles, 17e
siècle)
Pendant
une allocution en 1848 à la Chambre des Pairs, il a exhorté son auditoire à ne
jamais oublier que « La civilisation du monde a une aïeule qui s’appelle
la Grèce » et, des années après, en 1869, il écrit, dans une lettre à un
correspondant grec : « J’appartiens à la Grèce comme à la France. Je donnerais pour la Grèce… mon sang comme
l’a fait Byron… Je pense à Athènes comme on pense au soleil. »
Pendant
les révolutions des Crétois de 1866 et 1869 pour l’unification de leur île avec
la Grèce, Hugo a développé une activité fiévreuse pour les secourir. Déçu de l’indifférence de l’Europe à ce
sujet, il a adressé un « Appel à l’Amérique » en 1869, de son exil à Guernesey :
« Thrasybule appelle à son secours Washington.
Rien de plus grand. […]
Au dix-huitième siècle, la France a délivré
l’Amérique; au dix-neuvième siècle, l’Amérique va délivrer la Grèce.
Remboursement magnifique.
Américains, vous vous étiez endettés envers
nous de cette grande dette, la liberté! Délivrez la Grèce, et nous vous donnons
quittance. Payer à la Grèce, c’est
payer à la France. »
Hugo
assignait à la Grèce un rôle primordial dans l’Europe future, prophétisant
ainsi la création de l’Union Européenne actuelle. Dans la conclusion d’ Histoire
d’un crime , écrite en 1870,
il évoquera encore cette Europe :
« On peut dire que, de même que la lumière
se compose de sept couleurs, la civilisation se compose de sept peuples. De ces
peuples, trois, la Grèce, l’Italie et l’Espagne, représentent le midi ; trois,
l’Angleterre, l’Allemagne et la Russie, représentent le nord ; le septième ou
le premier, la France, est à la fois nord et sud.
[…]
Un jour avant peu, les sept nations qui
résument toute l’humanité, s’allieront et se fondront, comme les sept couleurs
du prisme, dans une radieuse courbure céleste ; le prodige de la paix
apparaîtra éternel et visible au-dessus de la civilisation, et le monde
contemplera, ébloui, l’immense arc-en-ciel des Peuples-Unis d’Europe. »
En
1884, enfin, une année avant sa mort, dans un message à la nation grecque à
l’occasion du 63e anniversaire de la révolution grecque, il déclarera
encore : « L’Italie est ma mère et la Grèce est ma grande-mère. »

« Cette femme qui est la
Grèce est si belle d’attitude et d’expression! »
(Victor Hugo en 1826 à propos de La Grèce
sur les ruines de Missolonghi d’Eugène Delacroix)
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