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Panthéon
charivarique,
par Benjamin Roubaud,
Le Charivari, 9 décembre 1841(Collection Gérard Pouchain)
Victor Hugo, Ecrits politiques, anthologie
établie et annotée par Franck Laurent. Édition illustrée, Paris, Livre de
Poche, « Références » 587, 2001. 382 p., 7, 5 €.
Même s’il n’était pas un
gestionnaire du quotidien, Victor Hugo aura connu six fois l’épreuve d’une
élection, aura été pair de France, représentant du peuple, député, sénateur,
aura vécu une quinzaine d’années de mandats nationaux, sans parler de dix-neuf
ans d’exil pour motifs politiques. Il incarne avec davantage de charisme que
Chateaubriand, Vigny ou Lamartine la mission de l’écrivain romantique impliqué
dans les questions
sociales. Franck Laurent, un des hugoliens de la nouvelle garde (Université du
Mans), retrace les étapes de son évolution, du jeune royaliste ultra au père de
la République radicale-socialiste en passant par le libéral démocrate. On est
frappé de lire à quel point, malgré d’apparents reniements, le poète est resté
fidèle à lui-même, à la recherche de vérité humaine, soucieux de consoler les
vaincus, de donner la parole aux exclus, de défendre la femme et l’enfant
particulièrement malmenés par la bourgeoisie, classe sociale qu’il définissait
comme « la partie contentée du peuple » et qui faisait tout, à ses
yeux, pour empêcher la grande Révolution de 1789 d’aller au bout de sa logique.
Ses « textes d’intervention », commentés avec rigueur et lucidité,
touchent des sujets variés, comme l’abolition de la peine de mort, la liberté
de l’enseignement, l’extinction du paupérisme, le statut des femmes, les
États-Unis d’Europe et la République universelle, le devoir d’ingérence
humanitaire, l’asile aux communards poursuivis. Ces réflexions n’ont rien perdu
de leur actualité ni de leur pouvoir de subversion, alors que leur auteur n’a
jamais détenu aucune parcelle de pouvoir réel. C’est sa vraie force :
comme écrivain, il déploie les séductions de l’utopie vitale face aux compromis
politiciens. Sans relever strictement des belles-lettres, ses appels, discours
et pamphlets se signalent par le même style fait de ruptures de ton,
d’antonomases, de sauts brusques de régime, d’écarts entre sublime et trivial,
de formules péremptoires, d’alliances de mots, d’historiques et de raccourcis.
Le grand public connaît encore moins cette prose argumentative et indignée que
les classiques de l’œuvre de fiction[1].
Frank Wilhelm
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Jérôme
Picon, Isabel Violante, Passion
Victor Hugo. La Légende du siècle, Paris.
Textuel. Diffusion Le Seuil, 2001. 190 p. , 44, 97 €.
Une des nombreuses biographies à l’assaut d’un marché qui sera saturé
d’ici peu, chaque éditeur ou presque espérant être de la fête hugolienne en
2002. Jérôme Picon, historien de l’art, et Isabel Violante, maître de
conférences à Paris I, ont choisi de présenter la vie et l’œuvre de Hugo de
façon à la fois synthétique et ponctuelle. Ils ont sélectionné plus de cinq
cents documents qui racontent les faits, illustrent la production littéraire,
révèlent des traits sociaux. L’intérêt de leur ouvrage, qui peut même renoncer
à la quadrichromie, c’est de recadrer certains de ces documents, d’indiquer
leur origine souvent omise, de braquer les projecteurs sur des détails parfois
négligés. Pièces d’état civil ; photos de moulages de têtes de
guillotinés ; affiches ; fac-similés de manuscrits, de dessins, de
billets, de « copeaux »,
d’épreuves d’imprimerie ; objets personnels ; vêtements ;
diplômes et médailles ; bibelots ; éditions illustrées ;
reliures ; caricatures ; publicités : autant de pierres d’une
mosaïque existentielle qui fut une destinée savamment orchestrée par le premier
intéressé lui-même. Le texte est précis, vif, passe par des raccourcis, fait
saillir l’essentiel, cite de la prose et des vers de l’écho sonore du XIXe. Un survol équitable, sans
erreur matérielle, présenté sous une forme moderne qui n’est pas sans rappeler
la bédé, dont le poète eût pu aimer la mise en page inventive. Des mêmes
auteurs est sorti, chez le même éditeur : Victor Hugo contre la peine de mort, avec un avant-propos de
Robert Badinter.
Frank Wilhelm
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Victor Hugo raconté par la caricature, Paris musées, catalogue de l’exposition de la Maison
de Balzac, 4 mai-1er septembre 2002. Commissaire et auteur du
texte d’accompagnement : Gérard Pouchain ; préfaces de Betrand Delanoë et
de Danielle Molinari, 95 p. , 15 €.
Les innombrables
caricatures du poète permettent,
explique Gérard Pouchain,
« de "raconter" Hugo, sa vie littéraire et sa vie
politique, mais jamais sa vie privée».
Etrange discrétion puisque les articles des journaux n’hésitent pas, par
ailleurs, à évoquer la relation du poète avec Juliette Drouet ou le constat
d’adultère avec Léonie Biard… Les caricaturistes étaient-ils plus délicats que
les journalistes ? Ils préfèrent à
l’évidence évoquer son œuvre, succès ou échecs, son entrée en politique, les
livres écrits en exil , le patriarche rentré à Paris en 1870… Et c’est
tant mieux. Les commentaires de Gérard Pouchain qui accompagnent ces
caricatures sont bien plus que des légendes : les images sont replacées
dans leur contexte historique et s’éclairent, à la lumière de ce texte riche et
précis, qui en apprend long sur l’auteur de Lucrèce Borgia et des Burgraves, ou sur celui de La Légende
des siècles
, ou encore sur le journal L’Evénement, créé en 1848 par Charles et François-Victor Hugo
et par Meurice et Vacquerie. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Les
Misérables
ne donnent pas lieu à de nombreuses caricatures, à l’inverse des Travailleurs
de la mer :
la pieuvre se taille, bien sûr, la plus grande part du succès… Les reprises des
pièces pendant et après l’exil (Hernani en 1867, Ruy Blas en 1872, Marie Tudor en 1873) font l’objet de
dessins montrant un Hugo glorieux qui prend sa revanche sur ses détracteurs
d’antan. Sa lutte en faveur de l’amnistie des Communards lui vaut également
nombre de caricatures, parfois violemment hostiles, avec des textes qui
intensifient la haine dont il est alors l’objet (La Vie Parisienne du 1er août
1871 par exemple) ou plutôt en sympathie avec son combat (comme dans Le Don
Quichotte
du 22 juillet 1876).
L’exposition est prolongée
jusqu’au 1er septembre et vous avez donc le temps d’aller la
voir. Mais si jamais, malgré tout, vous la manquez, vous pourrez toujours vous
consoler en vous procurant ce petit livre qui fourmille d’informations et
surprendra même les meilleurs connaisseurs de Hugo.
Danièle Gasiglia-Laster
Pour des comptes rendus détaillés des beaux catalogues de l’exposition de la Bibliothèque nationale de France : Victor Hugo, l’homme océan, et de celle de la Maison de Victor Hugo : Voir des étoiles/ Le Théâtre de Victor Hugo mis en scène, on se reportera à la troisième « Lettre d’actualité » proposée par le site de l’Education Nationale :
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Victor Hugo,
un poète, anthologie par Arnaud Laster, coll. Folio Junior en Poésie,
Gallimard jeunesse, janvier 2002, 139 p. 5 €.
Cette anthologie est beaucoup plus qu’une réédition du livre paru dans la même collection en 1985. L’auteur et l’éditeur ont tenu compte des desiderata des lecteurs qui regrettaient l’absence de quelques poèmes connus, qu’ils voulaient relire ou faire lire à leurs enfants. On retrouvera donc avec plaisir des textes qui ne figuraient pas dans la première édition, comme Les Djinns, Ce siècle avait deux ans…, Oceano Nox ou Demain dès l’aube. Mais les poèmes les plus célèbres sont un peu comme les idées reçues et les clichés : on les vide de leur sens et on s’en contente par paresse ; on se réfère à ce qu’on a appris plus jeune, à ce dont on a entendu parler, et on passe à côté de merveilles parce qu’elles n’ont pas été signalées par les manuels scolaires… Arnaud Laster n’a donc pas voulu se priver et nous priver de textes plus difficiles et moins connus. Dans la même perspective, il a souhaité que chaque recueil de Hugo fût représenté, des Odes et Ballades à Océan (posthume), en passant par Les Quatre Vents de l’Esprit, livre dans lequel le poète a voulu présenter ses quatre registres (lyrique, épique, dramatique, satirique) et qui est souvent écarté des sélections sous prétexte qu’il s’agit d’un recueil tardif. Ainsi, l’itinéraire proposé s’efforce-t-il d’être « significatif du progrès d’une conscience, avec ses alternances d’espoir et de doute, d’affirmations et de refus ». Arnaud Laster, tout en sachant que l’anthologie est destinée aux plus jeunes, a tenu à faire un choix qui convienne à tous les âges, et qui permettra aux enfants et aux parents de se retrouver avec Hugo, d’échanger leurs points de vue, de confronter leurs goûts.
Diane Silva
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Victor Hugo,
Œuvres poétiques, anthologie établie, annotée et préfacée par Claude Millet, Le
Livre de poche classique, 2002, 448 p., 6 €.
Tout en proposant de nombreux poèmes « consacrés par la mémoire collective », Claude Millet s’est efforcée de retenir ceux qui ont le plus de « résonance avec nos propres interrogations » et a écarté, par exemple, les poèmes napoléoniens d’avant l’exil. Choix qui nous paraît judicieux. En revanche, l’affirmation selon laquelle il y a des recueils que le lecteur doit connaître prioritairement alors que d’autres, parus du vivant de l’auteur comme Les Quatre Vents de l’Esprit, ou posthumes comme Les Années Funestes, et Toute la lyre, seraient moins indispensables à cette connaissance peut paraître discutable. A cette réserve près, la sélection nous paraît excellente, proposant des textes de tons et de formes variés, susceptibles d’intéresser un très large public. Du très beau « Prélude » des Chants du crépuscule où le narrateur ne sait pas ce qui va advenir de l’humanité et si la lumière va vaincre les ténèbres, au rythme libéré et léger de « Pepita », une « des fredaines du grand-père enfant », en passant par la « Réponse à un acte d’accusation », satirique et pleine de verve, où Hugo prône la liberté de l’art, les diverses facettes de l’art poétique de Hugo sont bien montrées. Chaque recueil est présenté par une courte présentation qui le situe et en donne une brève mais efficace analyse ; l’ensemble est précédé d’une riche et brillante préface qui montre à la fois la fusion de Hugo avec son siècle, et son intemporalité, met en relief les enjeux de cette poésie qui est « tout autant que l’expression du moi, une adresse à l’autre ».
Danièle Gasiglia-Laster
ERRATUM : Josette Acher nous signale que des erreurs se sont glissées dans son compte rendu du livre de Michel Winock (voir Echo Hugo n°1). P.42 : 4e ligne avant la fin de la page, il fallait lire : « le déni d’asile du gouvernement aux vaincus de la Commune » ; P. 43, ligne 1 : il fallait lire « mouvement pendulaire » au lieu de «mouvement populaire ».
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